MERULE, LE FLEAU (PRESQUE) INVISIBLE

Fléau ancestral, déjà cité dans la Bible, la mérule reprend du poil de la bête. Les travaux de rénovation (souvent) mal effectués profitent au champignon dévastateur.


Fléau, lèpre, gangrène,et on en passe, la mérule cumule les doux qualificatifs.La réputation n’est pas volée, d’avis d’expert, ce champignon lignivore peut dévaster une maison en moins de deux ans dans des conditions favorables : une température de 20 à 26°C et un taux d’humidité des bois de 22% à 35%.


La rénovation alliée du champignon
On se rassure, une telle humiditéreste inhabituelle et sous-entend une malfaçon ou un désordre hydrique : une fuite non réparée ou des travaux mal effectués, notamment dans l’ancien. Exemple classique, celui d’un mur en pierres ou briques, revêtu d’un doublage polystyrène sans aucune lame d’air : la mauvaise mise en œuvre des isolants favorise l’humidité et l’apparition du champignon dont les filaments peuvent courir sur plusieurs mètres pour capterl’eau nourricière. Même à travers la maçonnerie !
Bien sûr, on peut se dire que le vorace champignon ne touche que le Nord-Ouest. Faux, archi faux. Si la Bretagne, la Normandie, les Hauts-de-France ou même Paris sont davantage infestés -question de climat !-, aucune région n’est vraiment épargnée. Les spores de mérule voyagent partout, à l’état inactif,attendant des conditions propicespour germer. En 2015, le FCBA qui fait autorité en France pour la filière bois, avait recensé 2284 communes infestées à travers tout le pays ; 1700 de plus que dix ans auparavant ! 


Tapi dans l’ombre
Pour enrayer le fléau, la loi Alur de mars 2014 acréé une information mérule. Pour toute vente d’un bien situé dans une zone à risque mérule définie par arrêté préfectoral, l’acquéreur doit en être informé. C’est un premier pas. Malheureusement, en dehors du Finistère où l’information mérule est obligatoire -et parfois même l’état parasitaire- sur tout le département, il existe encore très peu d’arrêtés délimitant des zones à risques. Autre bémol, le Législateur a opté pour une simple information, plutôt qu’un diagnostic : en clair, on vous dit s’il existe un risque, mais on ne vous dit pas si le bien est infesté. 
Seul l’état parasitaire réalisé par un professionnel averti pourra dissiper le doute. Un professionnel averti ? Oui, et c’est même indispensable. Car le champignon n’apprécie ni la lumière ni les courants d’air, et se tapit insidieusement derrière un mur ou sous un plancher. Heureusement, il laisse quelques précieux indices derrière lui qui trahissent sa présence : bois pourris, ou simplement décolorés, enduits et peintures cloqués, traces d’humidité, tâches, et on en passe. Sans sondage destructif, un diagnostiqueur dûment formé est ainsi possible de repérer une mérule ou tout autre agent de dégradation du bois, et de poser un diagnostic pour renseigner le propriétaire.